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Le Recel des Choses

 

 Editions Lattès, 2004 (250p. 16 €)

Apparemment, de quoi s'agit-il ? Du deuil de la vérité autobiographique, deuil par lequel tout écrivain doit passer un jour. L'ambition de Paul Mollet, jeune écrivain, personnage principal du roman, est d'écrire la vérité sur son passé. Mais c'est tout bonnement impossible et ... dangereux. Il en paye le prix et va tomber sur un os : un amour d'enfance brisé par la mort. C'est aussi le portrait d'une mère perverse et d'un psychiatre versatile obsédé sexuel. Ah ! Mollet est vraiment entre de bonnes mains ! N'est-ce pas très drôle ? Quoi ? En plus, vous voulez savoir si c'est autobiographique ? Bien sûr que ça l'est ! Apparemment.

Quelques réactions de lecteurs :

 

"Les mots. Les maux. Les premiers pour exprimer, transcender les seconds. Le pouvoir du verbe sur la douleur. L'aval de la fiction sur une vérité enfouie. Paul Mollet veut se souvenir de sa jeunesse. Il enregistre pour cela des bribes sur son Dictaphone, qu'il remanie et reconstruit, comme un puzzle. Sauf que dans un puzzle chaque pièce a sa place. Ici, chaque pièce peut se substituer à une autre, au gré de l'imagination, de l'interprétation, tout est possible lorsque rien n'est certain. Paul Mollet saute de mot en mot. Rebondit, chante, s'en gargarise. S'en sert comme d'un marteau piqueur pour forer au plus profond de son inconscient. Au point d'avoir mal. De se retrouver entre les mains d'un psy loufoque et « vivaldien » qui voyage sans vergogne dans son propre édifice mental. Jusqu'à tuer. Car les mots trop scandés finissent par s'échapper et devenir des formules magiques. Blanches ou noires, c'est selon. Il faut se méfier des mots, il suffit d'un parfois pour vous faire rendre l'âme."

Valérie Mcgarry, LE FIGARO MADAME

 "Ce nouvel opus n'est pas une invitation, c'est une caverne d'Ali Baba. Les pages recèlent quelques trésors, mais, pour les découvrir, il faut un sésame : de la volonté. L'écriture n'est pas facile, elle est ambitieuse et inhabituelle. Les 135 premières pages sont les idées que Paul Mollet enregistre sur son dictaphone pour, semble-t-il, l'écriture d'un roman sur son enfance, sa jeunesse, la cour de récréation, les cours de catéchisme, Rupert, le fils de la prof d'anglais. Rupert, son meilleur ami. Rupert, ce salaud. Et, surtout, sur Hannah Spielgarten. Parce que, comme toutes les histoires qui méritent d'être racontées, ce livre parle d'une fille. Une de celles qui rendent les hommes fous. Paul Mollet, bien sûr, mais aussi l'éminent et sûr de lui professeur Vivaldi, directeur du service psychiatrique des urgences. Ce médecin va découvrir dans le manuscrit du patient qu'on vient de lui amener et dont on n'est pas certain du nom, l'histoire d'amour qu'il n'a pas vécue. Paul Mollet cherche dans son passé les blessures qui nourriront son roman. Vivaldi gagne sa vie en creusant dans l'hier de ses malades. Et Jean-Paul Carminati signe - en nous plongeant dans l'éternelle question : pourquoi regarde-t-on sans cesse derrière nous ? - un roman pour avancer."

Nicolas Roux « ELLE »

 

Le début du roman? Un extrait sonore ? Ci-dessous dans l'ordre.

 

 

« Ma mère me dit avant d'entrer en sixième:

- Et puis tu seras ami avec Rupert, le fils de Madame Rupert, qui est professeur d'anglais.

- Pourquoi ?

- Pourquoi, pourquoi, ça n'existe pas, pourquoi ! Tu seras ami avec lui, c'est tout !

Et dès que je vois Rupert, voilà, c'est mon seul ami. On est tous les deux petits et gros, mais il va plus loin que moi sur le chemin du retour de l'école, jusqu'au bois, bien après la station de métro de Prelmens. Moi je fais l'aller avec lui, et on s'attend en haut de mon avenue :

- Eh, Rupert, deux heures moins vingt ? 

- Ouais, Mollet, deux heures moins vingt. »

Pause. Très bien, ça, très bien. Et puis il est très bien, ce dictaphone, je l'ai bien en main. Bon. Allez, Paul Mollet, on continue. Quand parler d'Hannah Spielgarten ? Hum ! On verra. Enregistrement

« J'aime bien Rupert. Il a des crises d'asthme qui l'obligent à respirer un médicament dans une espèce d'oeuf en plastique. Il a l'air d'en souffrir. J'ai rien de tout ça, heureusement pour moi. Il va plus loin que moi, il peut raccompagner Albin, Meyer et Brécourt. Merde, il raccompagne Albin, Meyer et Brécourt. Oh qu'elles sont belles !  Albin est très brune et bronzée, avec de grands yeux noirs, Meyer est petite et blonde, toujours avec Albin. C'est embêtant de pas voir Meyer ou Albin toutes seules, moi j'aime toujours parler avec elles toutes seules.  Et puis il y a Brécourt, enfin... Nathalie. Les yeux verts de Nathalie. Rupert me dit devant le libraire de la grande rue Charles de Gaulle, quoique Rupert ne lit jamais:

- Je vais lui dire : tes yeux sont comme des lacs.

Je le laisse dire. Comment peut-elle aimer ce gros porc de Rupert ? Elle n'aime que moi bien sûr, je suis tellement supérieur à Rupert, mon seul ami.

Rupert et moi, on les aime toutes les trois, surtout moi. Je ne les embrasse pas, mais cela n'a pas d'importance.  Je les regarde toutes les trois et elles m'aiment. Je vois bien qu'elles aiment ça, que leurs yeux brillent, que c'est gagné, qu'elles reconnaissent ma supériorité naturelle, parce que Rupert ne peut pas être supérieur avec toutes les trois : l'une ou l'autre peut être, mais pas les trois à la fois. Albin reste toujours disponible, Meyer n'attend que moi. Quand à Nathalie, elle se refuse à Rupert:

- Eh, Mollet, j'ai pris une veste avec Brécourt.

Il a voulu l'embrasser avec la salive. Le salaud n'a pas réussi parce qu'elle n'attend que moi, comme Meyer et Albin, elles ne pensent qu'à moi, ne parlent que de moi, et je le sais, et je sais qu'elles ne le savent pas mais qu'elles s'en rendent compte sans le savoir, car tous les soirs je pense à elles : Oh, Véronique ! Oh, Nathalie ! Ah, Sylvie ! Oui, toutes les trois ! Oui, Rupert est parti, je sais que vous ne voulez pas de lui et que vous êtes à genoux devant moi."

 

Un extrait sonore ?

Permettez-moi cette mise en garde :

Le voici donc en deux parties :

 

 

 

Suite en Librairie de l'histoire de ce pauvre Mollet !