Porno Folies

Editions L'ARCHANGE MINOTAURE, 2008 (145p. 17€)

CECI N'EST PAS UN LIVRE PORNOGRAPHIQUE

 Les gens qui "font du porno" travaillent, se marient, ont des enfants, souffrent, vieillissent... et font l'amour. La pornographie serait-elle le paroxysme comique du croisement de deux religions : celle qui nous enjoint de jouir de notre corps et celle qui martèle que le Sauveur est né en l'absence de rapport sexuel? Quoi de plus tentant que de casser le Religieux dans le Porno sous la forme de dix bonnes histoires, non pas classées X, mais placée sous le signe de la joyeuse fragilité de la vie ?

Personne ne voulait de Porno Folies : les éditeurs de littérature érotique parce que les nouvelles se rient de la pornographie, et les éditeurs de littérature tout court parce qu'elles font... rire.

Puis, cinq ans après leur écriture, l'Archange Minotaure, qui aime les livres originaux, en a voulu.

La lecture à voix haute de Porno Folies provoque des crises d'hilarité - de quoi égayer dans les chaumières ! Certains auront un peu de mal à regarder des pornos après...

Comme vous êtes vraiment fidèles, je vous propose un extrait de la première nouvelle. Elle est intitulée "Deux imprudents" :

"La section dite des « Activités diverses » du Conseil de Prud'hommes terminait l'examen d'un dossier. « Activités diverses » est une dénomination fourre-tout. On y juge les litiges de droit du travail qui ne sont ni commerciaux, ni agricoles, ni d'encadrement, ni d'industrie. Le président demanda d'une voix étouffée à une fille assez vulgaire debout à la barre :

- Euh... Mademoiselle... est-ce que... vous avez joui ?

- Ben ouais, répondit devant lui la fille en mâchant son chewing-gum.

- Mais vous... euh... vous saviez que vous n'aviez pas le droit... a répondu le Président.

- Ben ouais... mais c'est venu comme ça !

On n'avait jamais entendu une chose pareille dans une salle d'audience. Un avocat est intervenu, avocat de l'employeur certainement, et a glissé, perfidement :

- Votre Conseil a bien noté que Mademoiselle Ravuton, alias Sussa, a reconnu qu'elle avait joui, donc commis une faute grave au sens de son contrat de travail.

Le président interrompit  sèchement le perfide plaideur :

- Maître, le Conseil n'a pas fini de questionner la demanderesse.

La demanderesse. Beau terme juridique pour Mademoiselle Ravuton alias Sussa, son pseudonyme de film. C'était donc une actrice de films porno. Un des quatre juges, une femme permanentée et maquillée comme un poisson, dit :

- Moi je voudrais poser une question. Comment savez vous que vous avez joui ?

Mademoiselle Sussa la regarda en mâchouillant et répondit :

- Ben, je sais, c'est tout. C'était pas comme d'habitude. D'habitude je sens rien. Je fais semblant. Je regarde la caméra comme si c'était mon père, et je pousse des petits cris...

- Bon, interrompit le Président, enfin quand je dis « bon », c'est une façon de parler... euh... vous, Monsieur, avancez à la barre.... Vous êtes Monsieur Jean Pichet, dit euh... Bitor, c'est çà ? C'est un pseudonyme Bitor ?

- Ouais, c'est mon nom de travail, répondit Monsieur Pichet.

- Alors euh... vous euh... votre employeur vous reproche d'avoir joui aussi. Enfin pas exactement euh... d'avoir joui dans Mademoiselle au lieu de jouir sur ses fesses devant la caméra.

- Ben ouais... j'lui ai juté dedans, dit Bitor. Ça m'était jamais arrivé avant, surtout avec elle, j'tourne souvent avec elle, et ça arrive jamais parce que... euh... parce que.... euh...

Il n'arrivait pas à trouver ses mots.

- Parce que quoi ? dit un des juges, visiblement très intéressé.

- Non parce que faut pas ! faut garder le jus pour la caméra !

- Hum ! dit le troisième juge.

Le président intervint :

- Je crois que nous allons passer aux plaidoiries. Mademoiselle euh... Sussa, vous pouvez regagner votre place. Le Conseil vous rappellera s'il estime devoir être éclairé sur les... euh...les... particularités de cette affaire. Maître, dit-il en se tournant vers un des avocats assis sur une banquette disposée devant le Conseil, vous avez la parole pour Mademoiselle Ravuton alias Sussa et Monsieur Pichet dit Bitor.

- Merci Monsieur le Président, dit l'avocat.

Sa voix de stentor fendit l'espace :

« Licenciés pour avoir joui ensemble !..

FIN DE L'EXTRAIT. Bientôt cette nouvelle intégralement enregistrée ci-dessous. Si vous voulez vraiment savoir la suite, vous savez ce que vous avez à faire...)